Rentrée Littéraire Hiver 2017

Un roman incroyablement beau

 

La vie quotidienne de deux sœurs que tout oppose : Muguette et Emélie, durant l'occupation au Havre. Ville bombardée et détruite par les forces alliées. Emélie attend le retour de son mari Joffe, qui reviendra mais transformé, au point que ses deux enfants ne reconnaîtront pas leur père.  Muguette, elle, attend Louis, dont l'absence le rend si présent dans cette famille qui survit entre un petit garçon courageux et une petit fille muette. 

 

A travers une narration à plusieurs voix, permettant de connaitre les sentiments et les peurs les plus enfouies de chacun des personnages, 8 au total, Valérie Tong Cuong aborde le sujet délicat de la population Havraise durant la seconde Guerre Mondiale. En se basant sur la petite histoire familiale d'Emélie et Muguette, V. Tong Cuong raconte les ravages des frappes alliées, l'occupation allemande et l'envoi des enfants en Algérie. Autant de sujets restés extrêmement tabous après la guerre. 

 

Ce roman est puissant, émouvant, profond, et sa qualité historique reflète parfaitement le long travail de documentation de l'auteure. 

 

A lire absolument !!

 

Jeanne R.


Attention, premier roman !

 

Et quel premier roman! 

Franck est un homme au foyer. il a suivi sa femme dans un petit village pour sa carrière de vétérinaire et s'occupe de leurs filles et de son potager. Tâches qu'il effectue avec brio mais qui le met dans une position bien souvent attribuée aux femmes : jardins et popote la journée, accueil de sa femme qui rentre exténuée de son travail ( et de plus en plus tard). 

Même la réception d'une lettre anonyme faisant état de l'infidélité de sa femme fût accueillit avec philosophie. Enfin, la possibilité cette supposée aventure fait tout de même son petit bonhomme de chemin dans l'esprit de franck. Et quand un jour, il a confirmation de cet écart, Franck perd lui même le contrôle de sa vie si rangée et embarque le lecteur dans ses rencontres hilarantes et ses soirées arrosées. 

Le roman se transforme alors en comédie douce et amère, teintée de folie et d'humour noir. On retrouve du Jean Paul Dubois dans le style de Nicolas Maleski.

 

Un très très bon premier roman 

 

Jeanne R.


Le bijou absolu !!!

Patricia Cowan est née en 1926. Après une enfance classique, elle se retrouve face à la proposition de mariage de Mark, son fiancé. Dans une première vie elle accepte sa demande,on la surnomme Tricia, elle enchaîne grossesse sur grossesse, subit une vie de femme soumise avant de prendre son destin en main, de divorcer de tenter de s'épanouir. Dans sa deuxième vie, Pat refuse la demande en mariage de Mark, voyage à travers le monde, se prend d'amitié pour un groupe de féministes, rencontre la femme de sa vie, et décide, avec elle, de construire une famille coûte que coûte. 

En 2015 Patricia est dans une maison de retraite. Du point de vue des infirmières, elle est sénile. En réalité elle ne sait juste plus dans quelle vie elle est. Celle avec les 4 enfants de son couple avec Mark ou celle avec les 3 enfants de son couple avec Béatrice? 

Mais le changement n'est pas seulement dans sa vie personnelle. En fonction des vies, l'histoire avec un grand H n'est pas non plus la même... 

Un roman incroyable sur la conditions féminine, le progrès, l'homosexualité à travers l'histoire très personnelle d'une femme jalonnée de drames mais toujours avec beaucoup, beaucoup d'amour dans toutes ses vies. 

Incroyablement beau. 

 

Jeanne R.


Un roman absolument fascinant! 

 

Dans un monde post-apocalyptique, deux sœurs tentent de survivre en totale autarcie dans la forêt où elles ont été élevées avant la mort de leurs parents.

A travers le journal de Nell, la plus jeune des sœurs, le lecteur est embarqué avec elles dans leur quotidien depuis... depuis quoi? Bonne question car nous n'en saurons pas plus, tout comme Nell et Eva, seules des bribes d'informations parviennent au lecteur : pénurie d'essence, plus d’électricité, épidémies causant de très nombreux décès... 

Dépassant les quelques semaines de déni, après la mort brutale du père, où les filles continuent à vivre normalement, Nell et Eva apprennent à rationaliser la nourriture, à surveiller la venue de possibles rôdeurs et comprennent que la vie ne sera plus jamais la même. Pourtant l'espoir reste intact, Eva s’entraînant comme une forcenée pour garder un bon niveau de danse et Nell n'ayant plus que le dictionnaire à lire pour continuer d'étudier et entrer à Harvard. 

Elles restent à l'abri dans cette forêt qui les protège et qui les a vu grandir : témoin de leurs jeux d'enfants, de la mort aussi, d'atrocités mais aussi des premiers ébats sexuels et des naissances.La forêt protectrice pleine de ressources qui cache et nourrit en même temps. 

Un roman incroyable qui a pourtant été écrit en... 1996!  Il vient juste d'être traduit grâce aux éditions Gallmeister. Il a même été adapté au cinéma !

 

A lire ABSOLUMENT!

 

Jeanne R.


Un premier roman très émouvant

Marie Barraud, comédienne, se penche sur son histoire familiale. En effet, son grand-père, Albert Barraud, médecin fût surtout résistant pendant la seconde Guerre Mondiale. Arrêté puis déporté dans un camp, il continua à sauver un maximum de prisonniers d'une mort certaine avant d'être lui même tué sur le paquebot Cap Arcona, où ses geôliers avaient entassé les derniers survivants des camps en mai 1945. Paquebot bombardé par l'aviation britannique, laissant les familles de prisonniers sans corps à récupérer et sans connaitre réellement ce qu'il c'était passé. 

Marie part à la recherche d'informations sur le sujet, le nom de son grand père étant un sujet tabou dans la famille. Elle retrouve un camarade de camp qui va, durant ses derniers mois de vie, l'aider à rassembler les morceaux du puzzle. 
La puissance de ce roman réside dans l'intention de ce dernier : au delà de l'histoire du grand père, Marie Barraud tente de réparer les failles que cette disparition à engendrée dans la famille depuis 2 générations. Elle questionne l'importance du poids sur les épaules de deux jeunes garçons, son père et son oncle, d'un patriarche courageux mais mort, héroïque mais qui a choisi de rester avec ses camarades prisonniers, toutes les fois où il aurait pu s'échapper au lieu de penser à sa famille. D'où la colère ancrée chez le père de Marie et son interdiction de la verbaliser par respect pour ce héros. 
Une quête pour libérer sa famille des chaines du passé avec notamment un voyage vers la mer Baltique, lieu où le paquebot sombra avec Albert Barraud. Comprendre le passé pour mieux appréhender l'avenir. 

Très beau. 

 

Jeanne R.


Quel roman! 

 

Dans les années 90, Justine, jeune femme de 25 ans se cache derrière une réputation de fêtarde et une certaine assurance face aux jeunes hommes. En réalité Justine est sensible, peu sûre d'elle même et va de suite tomber amoureuse du beau Alex qui lui, ne feint rien du tout : il sait qu'il plait, il veut s'amuser, il ne promet rien. Bien entendu Alex va larguer très rapidement Justine (l'histoire d'un soir n'a comme son nom l'indique jamais réellement était plus loin) et le lecteur retrouve la jeune femme, 20 ans plus tard avec Nicolas dont elle a deux enfants. Qui est Nicolas? Tout simplement le frère d'Alex! 

Tout va pour le mieux jusqu'au jour où Nicolas se fait licencier, entraînant dans sa chute tous les doutes et la base même de son couple : après tout Justine ne l'avait choisi que par dépit! Au fil des mois la situation s'aggrave, le couple ne se comprend plus, en vient à se déchirer, et la présence d'Alex ne va pas arranger les choses, laissant nicolas tiraillé entre l'amour pour son frère et sa femme et la carence totale de confiance en lui qui le rend parano. 

François Roux dépeint les années 2010 avec une justesse incroyable! La génération Y dont fait partie la fille de Justine et Nicolas montre l'idéologie de la nouvelle génération rattrapée par le terrorisme. Les quadragénaires sont écrasés par la dure réalité du monde professionnel : à 49 ans on est foutu. Les passages les plus drôles concernent d'ailleurs le cabinet en charge de coacher Nicolas sur ce qu'il est, ce qu'il veut, ce qu'il doit montrer ou pas avec une philosophie de "winner" à laquelle seule l'agence croit, et des conseils sur le non verbal apportés par des comédiens ratés. 

Les nombreuses confrontations entre le couple et ses enfants mais également entre justine et son père facho sont extrêmement justes et réalistes. 

L'histoire d'un couple dans la société d'aujourd'hui. Simple mais percutant. Drôle mais touchante. 

 

Un bon gros coup de cœur 

 

Jeanne R.


A lire de toute urgence!!

 

C'est l'histoire d'Euridice, jeune femme mariée à Antenor, un employé de banque à la conception familiale très simple : l'homme au travail, la femme au foyer. 

Mais Euridice est plus que ça. Euridice pourrait être tellement de choses. De son talent pour la flûte, avorté par le refus catégorique de ses parents de la laisser intégrer le conservatoire, à sa création de livre de recettes moquée par son mari, en passant par son entreprise de couture ou son don littéraire,.. Tout, elle était capable d'absolument tout. 

Mais dans ce Brésil des années 40, une fille ne doit que chercher un bon mari, faire des enfants, les élever, et rendre son mari heureux. Et puis il y a Guida sa soeur, disparue depuis temps d'années avec Marcos, un étudiant en médecine. Guida a choisi la fuite pour s'émanciper. Inséparables depuis toujours, Euridice a bien du mal à vivre sans sa soeur et espère toujours la revoir.

Un roman incroyable dans sa narration: le point de vue omniscient permet à chaque personnage y compris les personnages secondaires d'être mis en avant par leur histoire familiale remontant parfois jusqu'au plusieurs générations. Vous n'avez pas là un roman banal mais un conte brésilien ponctué d'humour et de situations loufoques mais qui délivre bel et bien un message on ne peut plus sérieux comme tous les vrais contes : la condition féminine sous la domination masculine. Les rêves, les désirs, les possibilités d'une petite fille puis d'une femme qu'on a toujours empêcher d'être ce qu'elle voulait être et d'explorer tous les domaines de compétences qu'elle souhaitait explorer. C'est l'histoire d'une femme qui n'a le statut de femme que parce qu'elle a un mari et des enfants mais qui n'a pas plus de liberté que lorsqu'elle était enfant, coincée sous la domination d'un mari. Mais c'est aussi l'histoire d'une femme qui ne renonça jamais. Et ça fait du bien ! 

 

J'ai adoré!

 

Jeanne R.

 


Quel bonheur de retrouver le clan Malaussène!

 

Tandis que Benjamin Malaussène cache un écrivain en danger dans son Vercors adoré, un puissant homme d'affaire, Georges Lapieta est enlevé au moment où il comptait mettre les voiles avec un parachute doré. Quelques temps plus tard, la demande de rançon assez précise, 22 807 204 euros, laisse penser à des ravisseurs amateurs. Quel lien le clan Malaussène? C'est justement là où va nous emmener Pennac via des rebondissements plus incroyables les uns que les autres. 

Les premières pages du roman demandent un peu de concentration (difficile de se rappeler de tous les personnages connus au fil des années avec la saga Malaussène) mais pas de panique, le répertoire à la fin du livre est d'une grande aide! 

Petit à petit on replonge avec plaisir dans l'univers de Pennac reconnaissable entre mille! 

Malgré les critiques assez mitigées du dernier roman de Pennac, je l'ai personnellement, beaucoup aimé. J'y ai retrouvé tout ce que j'avais toujours adoré dans le clan Malaussène. Les rebondissements du roman rappellent l'inventivité inépuisable de Pennac qui ne s'est pas calmée au fil des ans et malgré 17 ans sans le clan improbable et loufoque des Malaussène. La même fantaisie, les références à notre époque, bien intégrées dans l'histoire sont appréciables. Et bien sûr on veut connaitre la suite, mais quand? 

 

Jeanne R.


Puissant et fulgurant. 

 

Fulgurant? Comme le laps de temps qui s'écoule durant ses 140 pages: une journée. Et malgré la deuxième partie du roman qui emmène le lecteur dans un futur extrêmement lointain, jusqu'à la mort de Jane, les décisions essentielles de sa vie seront cristallisés dans cette journée. Un dimanche de mars 1924 où se déroulait à l'époque le dimanche des mères. Les employées féminines de l'époque (après la guerre, les voitures remplacent les chevaux, les emplois de domestiques se féminisent), disposaient de cette journée pour rendre visite à leur famille.

Mais l'héroïne du roman, Jane, orpheline de naissance et placée à 14 ans au service des Niven, ne sait que faire de cette journée ayant si peu de sens pour elle. Elle espère, et elle l'aura, l'invitation de son amant Paul, un fils de bonne famille qui doit d'ici très peu de temps, épouser une jeune fille de son milieu. C'est leur dernière occasion de se voir seuls, dans la chambre du jeune homme où ils feront l'amour pour la dernière fois. 

Le passage où Paul laisse la jeune femme seule et nue chez lui pour rejoindre sa fiancée, marque le moment où le lecteur découvre la passion de Jane pour la littérature dans un moment très intime qui a pourtant lieu dans une demeure bien au dessus de son niveau social, qu'elle visite dans le plus simple appareil jusqu'à tomber sur la bibliothèque, et révélera alors sa passion. 

Cette journée bouleversera à jamais la vie de Jane et son avenir professionnel. 

Le roman, court, précis et en même temps si poétique, laisse planer le doute sur les sentiments et les intentions de Paul, sur les souvenirs ou les fantasmes de Jane devenue vieille et racontant ses souvenirs aux journalistes. 

Un roman où le lecteur assiste à l'apprentissage de Jane dans la vie, sur ses émotions, les événements subis et son avenir. 

 

Bouleversant

 

Jeanne R.