Rentrée Littéraire 2018


La simplicité du sujet qui fascine

 

Hector, à 60 ans, se voit offrir un poste de professeur des universités en Caroline du Nord et embarque donc sa petite famille, c'est à dire sa femme Sylvie et leur fils Lester, pour une nouvelle vie, un nouveau départ. 

Si Hector est assez simple à cerné, bel homme, intelligent, qui attire facilement les femmes de son université.. sa femme Sylvie a une personnalité bien plus complexe et décalée tout en étant extrêmement lucide. Discrète, presque effacée ("je ne suis rien"), manquant cruellement de confiance en elle elle se révèle au fil du roman, très intuitive, créative, forte mais aussi sauvage.

Leur fils Lester semble avoir hérité de la personnalité complexe de sa maman puisque le jeune adolescent traverse une sorte de phase mystique, se faisant appeler Absalon Absalon et se transformant peu à peu en gourou vis à vis de ses nouveaux camarades de classe. 

Sur fond d'attentats parisiens que la famille vit de très loin, et de la future élection de Trump, le lecteur suit la vie familiale de Sylvie, entre trahisons conjugales, incompréhension de son adolescent, "la chance de leur vie" confronte différentes visions du monde.

 

Un roman envoûtant 

 

Jeanne R.


Prix Le Monde

 

Antonia meurt dans un accident sur une route de Corse, elle meurt d'ailleurs dans les 3 premières pages du roman c'est dire que le lecteur est vite informé. Vient le temps de son oraison funèbre et c'est son oncle et parrain, curé corse, qui le prononce. Ce dernier ce remémore la vie de la jeune femme. Ses talents, ses blessures, ses choix et sa passion, la photographie. Cette passion dévorante va naître très jeune avec une fascination pour les photos de famille et la technique de la photographie qui va d'ailleurs la poursuivre toute sa vie : la recherche de la photo techniquement parfaite. 

Car c'est le thème principal du roman : la photographie,  qui lui permettra de photographier les membres du FLNC dont elle est proche, qui l’emmènera en ex-Yougoslavie, pour finir par revenir sur son île après avoir vu tant de choses pendant la guerre. Le roman aborde la notion de temps figé par l'acte de la photographie, et en même temps de l'action déjà passée et donc disparue. On est presque dans un sujet de philosophie avec la question du réel : est ce que le réel existe ? N'est il pas propre à chacun? Et la photo est elle toujours l'image du réel ou parfois la complice d'un mensonge, comme cette mascarade de rassemblement FLNC dont elle comprend l'amateurisme mais que sa photo officielle ne montrera jamais?

Est ce que c'est cette recherche de vérité qui va la pousser à photographier la guerre? Est ce que c'est le fait d'avoir vu cette terrible réalité qui va l'emmener, au moment de sa mort, à photographier des mariages?

Autant de questions abordées de manière directes ou plus subtiles par les souvenirs du curé.

Malgré la volonté de son parrain de prononcer une messe professionnelle, son émotion prend le dessus face à la mort de sa nièce adorée. Cette messe qui clôt le roman et engendre la mise en terre de la jeune femme. Terminer la messe c'est mettre fin à son histoire et à sa vie. 

 

Puissant

 

Jeanne R.


On adore!!

 

On ne se le cache pas, nous, Olivier Adam, on l'adore depuis de nombreuses années. Ce roman à la particularité d'être édité dans une collection "jeunes adultes". Et cela n'enlève rien à 

L'auteur se glisse dans la peau d'un adolescent, Antoine. Sa grande sœur Léa a disparue mais ça n'est pas le sujet du roman puisque dès le début on la retrouve et c'est là que l'histoire commence car Léa n'a pas fait une fugue elle a été enlevée, séquestrée et violentée pendant de long mois. 

 A nouveau au cœur de ce livre, le retour, l'absence, grands thèmes d'Olivier Adam notamment dans "je vais bien ne t'en fais pas". Dans ce roman la réapparition de Léa chamboule toute la famille car ce qu'on pourrait prendre pour la fin d'un cauchemar devient en réalité le début d'un long chemin de reconstruction aussi bien pour la jeune fille que pour les siens. 

Car Léa est blessée, brisée et Antoine va tenter de l'aider par sa présence, son écoute, son courage. 

 

On adore l'ambiance des romans d'O..Adam, Cette fois encore le magnifique décor de Saint Lunaire donne une âme au roman, on applaudit la relation complexe des parents qui ont peut être un peut trop utilisé la disparition de leur fille pour justifier les failles de leur couple. Un roman qui se dévore et par tout le monde, ados ou adultes! 

 

A lire et vite!

 

Jeanne R.


Beau coup de coeur

 

Pearl, un pied dans l'enfance, l'autre dans l'adolescence, vit dans une Mercury avec sa mère Margot au coeur de la Floride. 

Fusionnelles, elles font de leur quotidien une poésie, parfaitement décrit par la plume de Jennifer Clement. Pearl est une enfant au physique particulier (peau diaphane et cheveux très très clairs) qui n'a qu'une amie, Avril May avec qui elle grille des cigarettes volées au bord d'une rivière plaine d'alligators. 

Sur le parking du camp de caravanes, plusieurs familles se sont installées : Avril May avec sa mère infirmière et son père vétéran de guerre; le pasteur Rex Wood, Roberta Young et sa fille trentenaire Noelle; et les mexicains Corazon et Ray. 

Drôle de vie pour cette petite Pearl qui n'a pas d'acte de naissance, sa mère s'étant enfuie du domicile familiale après son accouchement clandestin mais qui voit déjà tellement d'armes à feu, qui font malheureusement parties du quotidien des enfants américains. 

 

Et puis un jour Eli Redmond, un ami du pasteur, fait son apparition et prend la place de Pearl dans la Mercury. Ce coup de foudre causera la perte de la douce et solaire Margot, laissant une enfant à la merci du monde cruel des adultes et d'un pays qui préfère nommer ces enfants "les fusillades" plutôt que contrôler l'armement de ses concitoyens. 

 

Un roman à lire absolument!

 

Jeanne R.


Quel roman !

 

Alors si ce roman n'obtient pas de prix, je mange mon chapeau! 

Quelle écriture! Quelle poésie dans la description de la nature! J'ai cru lire des passages de "la faute de l'abbé Mouret" de Zola lorsque le personnage est entouré d'une végétation hypnotisante au Paradou! C'est pour dire! Dans le roman de Valentini, cet endroit en pleine nature qui sera également le lieu d'une belle rencontre amoureuse s'appelle la Faggeta. 

Cette histoire d'amour aura lieu entre Ada Maria et un soldat allemand. Nous sommes pourtant en 1956 dans ce petit village des Abruzzes, mais l'homme vit reclus depuis des années dans les bois. 

Ce sentiment amoureux, Eufrasia, la mère d'Ada Maria ne le connaîtra jamais. Malheureuse, fragile, elle subit les assauts nocturnes sexuels de son mari Aniceto qu'elle surnomme le crapaud et dépérit à vue d’œil après la naissance de son fils Pietrino, petit frère d'Ada Maria. 

Malgré les grandes absences du crapaud qui a désormais une maîtresse au village, Eufrasia n'arrive plus à faire semblant d'aller bien et meurt prématurément. Ada Maria prend la maison en main et devient une petite mère pour son jeune frère. Les années passent, Teresina, la maîtresse d'Aniceto, tente discrètement de se faire accepter par les enfants. Mais Pietrino y est farouchement opposé tandis que l'amour d'Ada Maria pour le mystérieux allemand des bois va la rapprocher de sa belle mère. 

Magnifica, le titre du roman, est le prénom d'une somptueuse petite fille à la peau pâle et aux yeux clairs, fruit de l'amour d'Ada Maria et Benedikt. Ce bébé rassemblera les membres de la famille et le village. 

Un merveilleux roman qui doit sa poésie à une traduction absolument parfaite.

 

Enorme coup de coeur !! Lisez le et vite!

 

Jeanne R.


Un roman choc

 

Dans ce roman initiatique, le lecteur suit les traces du cadet de la famille, dans ce périple qui le mènera lui, son grand frère et son père, du Kansas au Nouveau Mexique. 

Car ça y est, ils ont gagné la guerre, dixit le père, la garde de ses fils suite à la procédure de divorce. Pour en arriver là il a fallu inventer des preuves, s'entraîner à mentir mais la promesse d'une nouvelle vie avec une figure paternelle complètement idéalisée, était la plus forte. 

Mais après l'euphorie des premières semaines, l'homme se révèle au grand jour. Incapable de cacher son addiction à la drogue aussi longtemps, les sautes d'humeur, la paranoïa et la violence extrême font leur apparition dans le quotidien des deux jeunes garçons. En véritable autarcie avec comme seule figure parentale un psychopathe, les deux frères resteront unis jusqu'à la fin....mais quelle fin pour ces enfants? 

A travers les yeux d'un jeune garçon formaté par un père manipulateur, le lecteur suit la chute de plus en plus prévisible de cette famille monoparentale . Petit à petit on assiste à l'évolution du cadet qui ouvre les yeux au fur et à mesure du désenchantement paternel. 

 

Entre espoir et désillusions, Daniel Magariel signe un roman d'une force incroyable. La violence des gestes contraste avec la candeur du narrateur, rendant l'atmosphère encore plus tendue, le lecteur ayant le sentiment de déjà connaitre la dangerosité de l'homme sans pouvoir aider cet enfant. 

 

Très très fort. 

On adore!!

 

Jeanne R.


Belle surprise !

 

Sirèna, jeune femme envoûtante de 27 ans, est retrouvée morte à son domicile, son bébé de 2 ans gabriel à ses côtés en larmes depuis un certain temps.

Une mauvaise chute semble être la cause de la mort sans que personne, sauf sa cousine Ida, vieille fille adepte des séries policières, ne pense à autre chose.

Leonne, sa grande sœur mère de 4 enfants arrive sur les lieux et prend immédiatement en charge le bébé qui sera intégré à sa famille comme un petit frère. La première partie du roman laisse la parole à Leonne, cette grande sœur trop souvent ignorée de ses parents qui lui préféraient Sirèna. Une femme qui porte le prénom de sa grande tante par obligation. Une femme choisit par son mari par dépit. Mais une femme qui aimait sa petite sœur, malgré son envoûtant charisme avec les hommes.

Dans une Guadeloupe traditionnelle et pauvre on remonte l'histoire familiale pour mieux cerner les personnages de ce morbide 14 juillet 1980.

La deuxième partie nous emmène en 2016 et laisse la place aux enfants de Leonne devenus adultes et qui ont pour la plupart fuient cette île et surtout leur mère. La vieille Ida est la seule à toujours essayer de comprendre ce qu'il s'est passé le jour de la mort de Sirèna.

 

Une belle saga familiale qu'on ne lâche pas du début jusqu à la fin. Ne vous fiez pas à la couverture, c'est une belle historie qui vous attend !!

 

Jeanne R. 


 Un roman coup de poing

 

Alexandre, la quarantaine, échoue en Suède. Enfin, échouer est un bien grand mot car ce pays est l'aboutissement d'une vie d'errance et détient la clé de l'énigme familiale. 

Car Alexandre a eu une enfance très particulière : à l'heure ou le terme "mère toxique" n'était pas encore à la mode, celle d'Alexandre en était vraiment une. Lunatique, capable d'autant de douceur que de violence, humiliante, castratrice, on est loin de la bienveillance naturelle qui décrit souvent les mamans. 

Alexandre grandit donc avec l'idée qu'il est gauche, insupportable, qu'il mérite autant les claques que les privations (la punition de Noël est à fendre le cœur).

Son père ne semble pas aussi dur que sa mère et tente bien souvent de temporiser les choses sans succès la plupart du temps. Hélas ce dernier disparait quand Alexandre n'a que 8 ans et son absence laisse le jeune garçon dans un terrible tête à tête avec sa mère qui semble s'être complètement isolée du reste du monde. 

Les années passent et Alexandre devient un homme/enfant, aussi peu sur de lui qu'à son adolescence, sujet à de terribles crises de migraines ophtalmiques (et pour en être également victime je peux vous dire que les descriptions sont réalistes) et qui attire, la plupart du temps, des femmes aussi agressives que sa propre mère. 

Et puis un jour, un jour tout bascule car le prisme d'Alexandre va devoir s'élargir un peu face aux événements. Difficile d'admettre que sa maman était tout sauf une maman normale, difficile de se débarrasser de cette culpabilité, difficile d'admettre que toute son enfance est basée sur un mensonge. 

Premier gros coup de cœur de cette rentrée littéraire, Manu Causse emmène tout de suite le lecture dans cette famille à travers les yeux d'Alexandre, il est quasiment impossible de relever la tête du livre avant de l'avoir terminé.

 

Un très très beau livre à ne surtout pas rater. 

 

Jeanne R.


Un trésor

 

Marie-Aude Murail quitte pour un instant le monde de la jeunesse dans lequel elle excelle pour nous narrer sa saga familiale. 

Après la découverte de journaux intimes et de photos dans la maison familiale, Marie-Aude Murail retrace l'histoire de trois générations de femmes et de leurs trois histoires d'amour. C'est un véritable trésor qu'elle a sous les yeux : de 1914 aux années 2000, elle peut découvrir les sentiments de sa mère, de sa grand-mère, lire également le point de vue de son grand père Raoul et de son père Gérard. 

Car Raoul et Cécile, les grands parents maternel avaient raconté en parallèle dans un journal leur rencontre. La guerre les séparera un moment, laissant en témoignage leur correspondance épistolaire. Les propres parents de l'auteure, rencontrés en 45 et immédiatement séparés par la seconde guerre mondiale et dont la correspondance permet de retracer et l'histoire. Et enfin la propre rencontre de Marie Aude Murail avec son mari Pierre qu'elle relit 45 ans plus tard (car dans cette famille les femmes écrivent!).

La bonne surprise de ce roman réside dans les documents (photos, lettres, journaux intimes) scannés pour l'occasion et dont le lecteur peut avoir accès, le plongeant, comme Marie Aude Murail, dans le trésor familial.

Un roman familial qui va plus loin que la simple histoire de couple et de la construction familiale puisqu'on y découvre les sources de sa création, ses débuts d'écrivain et ses doutes.

 

Une bonne surprise!

 

Jeanne R.