Rentrée Littéraire 2017

*photo de Getty sur http://www.elle.fr/Loisirs/Livres/News/On-sait-ce-que-votre-facon-de-lire-dit-de-votre-personnalite-3512882

Parce qu'on est dingues d'Impressionnisme

 

Paris, Salon des Indépendants de 1881, la sculpture de Degas, la petite danseuse, y fait une entrée fracassante.

Sa taille interpelle: presque un mètre. Elle n'est ni en bronze ni en marbre mais en... cité! Inconcevable pour l'époque. Et summum du réalisme (ou du naturalisme de Zola), elle porte de vrais vêtements : une robe de danseuse d'opéra, des chaussons et des vrais cheveux. C'est un véritable scandale. Car Degas n'a pas la réputation d'embellir ses modèles, il montre ce qu'il voit sans concession, quitte à en vexer plus d'un (on se souvient de Manet insatisfait du portrait de sa femme par Degas). Mais qu'a voulu faire passer comme message l'artiste? Celui qui refusa toujours de vendre sa statut, ne laissa aucun écrit sur les raisons de sa technique artistique.

Ainsi, l'auteure Camille Laurens, à travers ce très bel essai, part à la recherche de cette petite danseuse, Marie Geneviève Van Goethem, misérable enfant envoyée par ses parents à l'opéra pour y danser des heures durant et bien sûr, chose courante à l'époque, pour arrondir ses fins de mois en rencontrer des hommes mûres à la recherche de chaires fraîches. Cette partie de l'essai, la vie de la petite Marie, est la moins renseignée, l'auteure en explique immédiatement les raisons, mais paradoxalement est également la partie la plus touchante. Car elle croise les raisons de l'auteure, et donne vie à cette petite fille qui a eu une vie si misérable.

 

On salue sa volonté de ne surtout pas combler les manques d'informations par de la fiction. Il faut savoir accepter de ne pas tout découvrir, c'est chose faite dans cet essai extrêmement réussi.

Un bonheur à lire!

 

Jeanne R.


LE roman à lire si vous êtes enceinte!!

 

et ça tombe bien, je le suis! (enceinte je veux dire)

Stéphanie rencontre Luc. Tout va très vite entre eux : rapidement ils décident de fonder une famille. Ce roman, extrêmement bien construit aborde tous les aspects de cette construction : de leur rencontre à la décision d'avoir un enfant. Du test de grossesse à l'annonce officielle. Les courts chapitres sont entrecoupés des petites réflexions assassines de l'entourage, avant et après l'annonce de la grossesse, autant de petites phrases maladroites, mesquines, qu'on doit toutes subir lors d'une grossesse. Que ce soit les collègues, les copines, la famille, c'est absolument incroyable comme le statut de femme enceinte semble donner l'impression aux autres qu'ils peuvent se permettre de tout commenter, conseiller, critiquer sur votre grossesse. 

D'autres petits chapitres sont tout aussi intéressants : "les femmes" par exemple, retracent l'histoire de la maternité, de l'accouchement, des pratiques obstétricales, chiffres à l'appui. Et puis il a les chapitres "ma mère" qui détruisent le mythe selon lequel la grossesse est une affaire de femmes où la future maman est accompagnée et conseillée par sa propre mère. A l'instar de Stéphanie, on peut avoir une mère qui ... n'en a strictement rien à cirer de la grossesse de sa fille (véridique), mais qui pense pouvoir être une future grand mère "normale" en faisant la part des choses entre la jeune maman et son nourrisson en étant seulement attentive au bébé lorsqu'il est né (ce qui bien sûr est impossible et totalement ridicule mais ce qui reflète bien le gros problème de cette "mère"). Un personnage plus que secondaire dans le roman mais très intéressant au niveau de la construction parentale de Stephanie car attendre un enfant vous fait revivre pas mal d'épisodes de votre enfance, étape indispensable pour se projeter en tant que futur parent.

Comment vivre une première grossesse? Comment être une bonne maman quand on a pas la chance de connaitre la bienveillance de la sienne? Comment choisir son accouchement? Comment surmonter les difficultés des premières semaines après la naissance? 

 

Dans un enchaînement de chapitres mêlant tout ce qui se passe dans la tête et la vie d'une future maman, Sophie Adriansen dépeint avec brio l'incroyable bouleversement d'une première grossesse. 

Un énorme, énorme coup de cœur pour une lecture qui tombe à point nommé!

 

Jeanne R.


Un roman puissant qui se dévore!!

 

Mireille, fille d'un riche homme d'affaire d'Haïti vit aux Etats Unis avec son mari Michael et leur bébé, Christophe. 

Alors qu'ils sont en vacances dans la famille de Mireille à Port au Prince, un groupe d'hommes armés enlève Mireille sous les yeux horrifiés de son mari et réclament rapidement une rançon d'un million de dollars au père de cette dernière. 

Mais contre toute attente, le patriarche refuse, persuadé que cela engendrerait l'enlèvement de chaque femme de la famille et trop furieux d'imaginer le fruit de son dur labeur partir en fumée dans chaque rançon qu'il devra verser. 

C'est ainsi que démarre ces 13 jours de détention. Les jours les plus longs et les plus horribles de toute la vie de Mireille. Des jours partagés entre la privation de liberté, de nourriture et surtout des viols et des actes de tortures. Des jours qui la briseront à jamais. Elle s'en sortira vivante physiquement mais morte au fond d'elle. 

Le lecteur suit ces treize jours de détention entre coupés des souvenirs de Mireille sur le couple qu'elle forme avec Michael: leur rencontre, leurs points communs, leur bébé, leurs différences, leurs familles respectives....

Pendant plus de la moitié du roman on supporte, avec le personnage de Mireille et à travers son récit, ce qu'elle doit subir comme violences sexuelles. On souffre avec elle, on ne peut pas lâcher le roman sans arriver au moment de sa libération. Malheureusement sa reconstruction demandera énormément de temps, sera semée de rechutes et d'angoisses. Mireille devra faire face à ses démons et Michael devra être fort pour aider sa femme qui ne ressemble plus à celle qu'il connaissait encore 13 jours plus tôt. 

Un roman incroyable qu'on ne peut pas lâcher du début à la fin. Il vous secoue, vous prend aux tripes et se dévore. 

 

Jeanne R. 


Éblouissant !!

 

Comme pour "le chagrin des vivants", Anna Hope part d'un fait historique, notamment inspiré par l'histoire de son arrière arrière grand père pour y développer l'histoire d'une jeune femme, Ella. 

1911, Ella, jeune ouvrière, casse une des vitres de son usine pour pouvoir voir le ciel. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce geste va la conduire tout droit à l'asile d'aliénés de Sharston dans le Yorkshire.

Dans cette asile elle va tout d'abord faire la connaissance de Clém, une jeune anorexique passionnée de littérature. Et elle connaîtra John Mulligan, un Irlandais qui lui fera découvrir l'amour. Mais comment entamer une relation quand les hommes et les femmes sont séparés? C'est là que le docteur Fuller intervient : 1er médecin adjoint de l'établissement et également chef d'orchestre, il détient le pouvoir absolu sur les patients de l'asile. Celui de rendre leur détention plus supportable grâce à un programme "musical" : une heure d'instrument dans la salle commune mais surtout, chaque vendredi, la rencontre des hommes et des femmes dans la grande salle de bal pour un moment de danse. C'est là que John et Ella vont apprendre à se connaitre et à s'aimer. 

 

Mais le docteur Fuller mène la danse et devient très rapidement obnubilé par ce couple, par l'eugénisme via un programme de stérilisation des patients et submergé par ses propres démons, à se demander d'ailleurs qui est le plus fou de tous ; le médecin ou les patients? 

Un roman chorale qui permet, à travers les yeux de John, Ella et le docteur Fuller, de découvrir l'histoire personnelle de chaque personnage et notamment, la part d'ombre, extrêmement intéressante du médecin.

 

"Le chagrin des vivants" était déjà un grand roman, "La salle de bal" est encore meilleur, une fiction dans une réalité historique qu'il faut absolument lire. Prodigieux!

 

Jeanne R.


A lire absolument!

 

Jeanne, la quarantaine, mène une vie on ne peut plus banale : travail routinier, regarder le train passer au fond du jardin à heure fixe, manger le macaron apporté par son mari rémy tous les mardis… Issue d’une famille d’agriculteurs elle a les pieds sur terre, la communication des taiseux et le bonheur simple. 

Mais trois évènements, véritables grains de sable dans l’engrenage du quotidien, vont venir perturber Jeanne au plus profond d’elle-même et libérer ce qu’elle est vraiment. 

Tout d’abord ses jumelles quittent le cocon familial pour poursuivre leurs études, laissant jeanne et remy seuls.

Ensuite, la photo de Marina se décroche. Qui ? Marina Abramovic, artiste serbe dont Jeanne était une grande admiratrice dans sa jeunesse. Retomber sur cette photo va relancer le besoin de Jeanne d’analyser son œuvre et ses motivations, au grand désespoir de son mari. 

Et enfin, Martin, l’amour de jeunesse de Jeanne revient dans sa ville. 

Tout bascule pour Jeanne, sous le poids des fêlures le barrage cède et laisse place, enfin, à l’imprévu. 

Avec une écriture poétique et des personnages secondaires révélateurs du caractère passionné de Jeanne, Claudie Gallay transforme la douceur du quotidien, les rituels de sa vie, en petits changements imperceptibles au début, pour devenir une profonde prise de conscience chez elle. 

Suzanne, la voisine cocufiée, Zoé, la petite nièce spéciale dans son monde imaginaire, chaque personnage apporte un point de vue différent sur le caractère de Jeanne. 

 

Un roman doux, subtil et pourtant si puissant. 

Très beau. (aussi beau que sa couverture d’ailleurs !!)

 

Jeanne R.

 


Premier roman

 

Bérénice, 33 ans, est de retour dans son agence de communication après son congé maternité. 

De nature effacée, elle perçoit tout de même les changements à son égard à commencer par le fait qu'on lui retire des présentations et des dossiers. Sa collègue et amie Clara tente de lui démontrer qu'elle est trop "invisible", et, en tant qu'assistante rh, l'inscrit à la formation intitulée "initiation vocale : placer sa voix pour trouver sa voie". Bérénice y rencontre guillaume le formateur avec qui elle se lie d'amitié. 

Mais dans la boîte elle souffre de la distance de son ancien collègue Hugues devenu son chef, dont le comportement la fait se sentir encombrante. Sans compter Silvia. On a tous une Silvia sur son lieu de travail. Le ou la collègue dont le non verbal suffit à nous agacer, à nous agresser. Le genre de personne manipulatrice dont vous avez l'impression d'être le ou la seul(e) à percevoir le double jeu, quitte à vous demander si votre direction, si intelligente soit elle pour vous dire ce qu'il faut faire, ne le soit tout de même pas assez pour percer à jour son double jeu. Cette même manipulatrice qui peut vous parler avec condescendance, comme faire de vous sa confidente de la journée, le tout sans que vous n'ayez eu l'impression de maîtriser quoique ce soit dans votre conversation. 

Autant de violences claires ou sous-jacentes qui enfoncent petit à petit Bérénice dans un profond mal être qui ne date pas seulement de son retour en entreprise. 

Car avec un "tu" narratif très déconcertant, le lecteur découvre le "moi" profond" de Bérénice, des bribes de son passé, ce qu'elle pense réellement, mais dans son état, incapable d'assumer sa pensée avec un "je", l'auteure utilise une autre forme de narration via le tutoiement. 

Un roman percutant qui dénonce aussi bien la violence en entreprise que la violence plus pernicieuse dont on peut s'entourer en choisissant une vie qui nous conforte dans notre passivité, et laissant la place seulement aux autres, 

 

"Il y a ce conte qu'on connait tous. Une jeune fille, suite à une malédiction, tombe en sommeil. Son évanouissement n'ôte cependant pas les couleurs vives de son teint, ses joues sont incarnates et ses lèvre comme du corail. Cette jeune fille c'est BBD, la belle au bois dormant et BBD c'est aussi toi, Bérénice Barbaret Duchamp, 33 ans, cadre moyenne, mariée, un nourrisson, flottant depuis près de 20 ans dans un sommeil singulier". 

 

Jeanne R.


Gros coup de coeur!! 

 

Le destin d'une famille bourgeoise sur plusieurs générations (entre 1870 et 2016). 

Une histoire simple : les deux grandes guerres, en passant par la guerre d'algérie, les mariages, les naissances des 8 fils et des 2 filles de Mathilde et Henri Bourgeois. 

D'une écriture fluide, Alice Ferney nous transporte dans la grande famille Bourgeois (parce que c'est aussi leur patronyme) et nous invite à traverser avec eux le  20ème siècle, à suivre l'histoire de France mais également à constater l'évolution des conditions de la femme à travers de longues conversations dans les immenses repas de famille. 

Car la femme a une place primordiale dans ce roman bien au delà du simple fait d'enfanter et d'être toujours à la tête d'une grande famille. Seule la mort vient séparer cette famille soudée, conservatrice, pleine de valeurs et d'amour. 

En mêlant différentes époques et différentes générations, Alice Ferney arrive à rendre absolument tous les personnages attachants. 

Alice Ferney peint une fresque familiale qu'on a du mal à quitter à la fin du roman. 

 

Une question demeure néanmoins après la lecture de se magnifique roman : mais qui donc est la narratrice? ça n'est pas faute d'avoir regroupé les différentes infos distillées dans le roman!!

 

A lire de toute urgence

 

Jeanne R.


Quel Roman !!

 

Dans "l'enfant mouche", Philippe Pollet-Villard s'inspire de l'enfance de sa mère durant la seconde guerre mondiale. 

En 1944, Anne-Angèle, infirmière au Maroc, reçoit un message urgent de Paris : sa petite sœur a été victime d'un grave accident et va mourir, elle doit se rendre à son chevet. Sous le coup de l'émotion en lisant cette missive elle se fait attaquer par un patient délirant et subit une grosse morsure qui aura son importance dans le suite de l'histoire. 

Arrivée donc à Paris, elle découvre que sa soeur s'est embarquée dans une sombre histoire : celle de sortir une gamine, Marie, de son orphelinat en échange d'argent. 

Refusant d'écouter son instinct qui lui dictait de régler l'enterrement de sa sœur au plus vite pour retourner au Maroc, Anne-Angèle se retrouve mêlée à cette histoire au point de devoir se réfugier près de Reims avec l'orpheline le temps que les choses se calment. 

Mais bien loin du luxe de Paris chez l'employeur de sa sœur, Les deux femmes vont vivre dans une misère la plus totale, aggravée par la maladie de l'infirmière qui devient acariâtre et sombre peu à peu dans la folie. 

 

La jeune Marie se retrouve seule pour tenter de survivre. L'hypocrisie des villageois, la perversion de certains adultes, elle ne renonce devant rien, portée par une seule volonté: se nourrir. Aucune idéologie : une fois chez les résistants, l'autre fois chez les allemands, cette enfant, dotée d'une force de caractère incroyable va tout faire pour s'en sortir. 

 

Un roman puissant, une histoire absolument terrible qu'il faut lire d'urgence!!

Excellent. 

 

Jeanne R.