Vive la littérature Scandinave!

Les îles Lofoten, Norvège. Photo Getty images/ Vicky Mar

Prix du Conseil Nordique 2014

 

1938, en Finlande. Matilda Wiik vient de trouver un emploi de secrétaire dans le cabinet d'un avocat : Claes Thune. Tout se passe pour le mieux lorsque monsieur Thune reçoit le "club du mercredi", essentiellement composé de ses camarades d'études, dans son cabinet. Madame Wiik se charge de ravitailler se groupe d'hommes en boissons lorsqu'une voix la fait replonger 20 ans plus tôt dans une période extrêmement sombre de son pays et très peu connu des Européens : l'indépendance de la Finlande. 

A cette époque, une partie de la population Finlandaise, les communistes ont subi une répression digne de ce que nous avons vécu en Europe. Les camps. Matilda s'en est sortie mais un profond secret la ronge, et la nouvelle vie qu'elle croyait être en train de se construire s'effondre au son de cette voix virile. Car cette dernière appartient à un personnage appelé "le capitaine", dans les camps. Matilda attendra, elle a déjà survécu 20 ans, elle peut encore attendre quelques mois avant de se venger...

 

En 1938 la Finlande est partagée entre l'URSS et l'Allemagne et les discussions de Claes et de ses compagnons démontrent parfaitement l'état d'esprit des Finlandais à cette période, à l'aube de la seconde Guerre Mondiale. 

Dans ce roman on suit également la vie personne de monsieur Thune, homme discret en proie à un bouleversement sentimental : sa femme vient de le quitter pour son meilleur ami, membre par ailleurs du club du mercredi. Tout au long du roman, en plus des discussions très politiques avec ses amis on assiste au cheminement difficile du deuil de son couple et à l'attachement subtil qui va se créer entre lui et sa secrétaire jusqu'au magnifique dénouement final. 

Un roman profond qui dépeint parfaitement l'ambiance d'entre deux guerres : la première et la deuxième, dans un pays qui vient à peine de gagner son indépendance et qui ne sait encore comment se positionner face aux autres pays. Une histoire de marie abandonné, d'homme qui voit d'un oeil inquiet la montée du nazisme. L'histoire des camps dans lesquels les communistes sont mots, se sont fait humilier, battre, et dans lesquels ils sont morts de faim et de maladie. C'est l'histoire d'une femme, qui a subi ce que beaucoup de femmes ont subi pendant la guerre et qui n'oubliera jamais cette voix. Cette voix qui lui donne enfin l'occasion de se rendre justice. 

Très très beau.

 

Jeanne R.


Habituée aux sujets de romans improbables, Katarina Mazetti délaisse les vikings pour s'intéresser ... aux pingouins et autres animaux que les protagonistes du roman vont pouvoir rencontrer lors de leur croisière vers l'Antarctique. 

Chaque passager résume les travers de l'espèce humaine : de la jeune Wilma, garçon manqué tragiquement maladroite à Tomas le jeune divorcé suicidaire en passant par la vieille Alba qui a vécu dix vies et tient un carnet comparant espèce animale et espèce humaine, tous les personnages de Katarina Mazetti se retrouvent sans filtre devant un environnement si pure et ne peuvent cacher leur vraie nature. 

Les sentiments sont exacerbés, les réactions poussées à l'extrême, chacun va évoluer de manière significative au fil de la croisière. 

Un roman étonnant, même si j'ai préféré "le viking qui voulait épouser la fille de soie" je reste fan du style d'écriture  Katarina Mazetti et de sa capacité à décrire et faire évoluer les âmes blessées. 

Depuis le début de ce roman je pense à Huit Clos de Jean Paul Sartre et à cette fameuse phrase "l'enfer c'est les autres". C'est exactement le résumé de "ma vie de pingouin" : une bateau qui symbolise la chambre dans laquelle sont enfermés les personnages de JP.Sartre et la découverte, l'analyse de soi, via le jugement des autres personnages ainsi que de fait, leur évolution. 

Un "Huit Clos" des temps modernes


Jeanne R.



Un vrai roman noir!


Lars Svartmann est hydrographe pour la marine suédoise au début de la première guerre mondiale. Il est régulièrement envoyé en mission secrète sur les flottes suédoises pour sonder les profondeurs de la mer et ainsi découvrir de nouveaux passages possibles pour les bateaux des différents camps en conflit. Kristina, sa femme, reste sur la terre ferme à Stockholm durant ces longs mois d'absence. Dans ce couple, Lars exerce un contrôle permanent mais inconscient : la communication n'est pas le maitre mot de ces deux personnages. Lars a pour habitude de contrôler absolument tout dans sa vie notamment en utilisant la dimension secrète de son métier pour être le seul à garder les informations le concernant. Sa femme ne fait en réalité pratiquement pas partie de son univers. Il lui a dédié une place qu'elle accepte et subit sans sourciller. C'est leur mode de fonctionnement depuis presque 10 ans.

Mais tout bascule le jour où, lors d'une mission, Svartmann découvre une petite île perdue en pleine mer, l'îlot d'Halskär, habitée par une femme singulière : Sara.

Depuis ce jour Sara devient l'obsession de Lars et ce dernier s'enfonce dans une double vie qu'il croit pouvoir maitriser jusqu'au jour où......


Jeanne R. 

pssss : ce roman est sorti en livre de poche aux éditions Points !!


Ketil Bjornstad signe ici le dernier volet de sa trilogie musicale qui avait démarré avec La société des jeunes pianistes et L'appel de la rivière. Auteur, compositeur et romancier, K.Bjornstad entame une initiation musicale dans sa trilogie.

 

Aksel Vinding, jeune prodige, intègre la société des jeunes pianistes dans le premier tome et rencontre la mystérieuse Anja dont il tombe amoureux. Après une enfance difficile (sa mère se suicide dans une rivière) il reproduit cette spirale en s'attachant à l'instable Anja. Aksel découvre l'amour, la musique, le deuil...

Dans le deuxième tome, Anja a disparu et Aksel tombe amoureux de... sa mère, Marianne. Pour un final tout aussi tragique ... Fugue d'hiver suit Aksel dans son travail de deuil, à travers la musique, et son étrange fascination pour les femmes de la famille Skoog, qu'il retrouve à travers Sigrun.

Nul besoin d'être amateur de musique classique pour apprécier ce roman: K.Bjornstad sait

nous transporter dans son univers de virtuose ...

 

Jeanne R.



Une merveille!


A 66 ans, Frederik Welin vit reclus sur une île de la Baltique après la fin tragique de sa carrière suite à une erreur professionnelle. Sa baignade quotidienne dans un trou de glace sonne comme une punition quotidienne pour expier sa faute, ou peut être pour lui rappeler que malgré sa solitude extrême il est bien vivant.

Mais ce no man's land va être bientôt pulvériser par l'arrivée de l'amour de sa vie qu'il a lâchement abandonné quarante ans plus tôt : Harriet (et son déambulateur).

Harriet est malade, très malade. Elle n'en a d'ailleurs plus pour très longtemps et réclame à Frederik la promesse faite à l'époque : lui montrer le lac forestier de son enfance.

L'apparition d'Harriet brise le sort qui enchainait Frederik à sa solitude et à son île. Les rencontres s'enchainent : Louise, Agnes, Sima, Cara... Les émotions de Frederik se réveillent, son besoin de rédemption également. Harriet a fait un pas vers lui, c'est à lui dorénavant de faire les démarches pour se faire pardonner auprès des personnes qu'il a blessé.

Un roman intimiste, sobre. La solitude, la faute, le cancer, la mort. Des thèmes difficiles mais H.Mankell a réalisé une merveille. Ambiance grand nord scandinave, ce roman se dévore!


" La mort ne me fait pas peur. Ce que je n'aime pas, c'est l'idée que je vais devoir rester morte si longtemps."


"Il y a une beauté spéciale qui n'appartient qu'aux femmes très âgées. dans leurs rides sont inscrites toutes les marques, tous les souvenirs de la vie écoulée. je parle des femmes très âgées, celles dont la terre réclame le corps."


"Je veux te dire ce que tu as peut être déjà deviné. Je n'ai jamais aimé un homme comme je t'ai aimé. C'est pour ça, pour retrouver cet amour là, que je suis venue te chercher. Et pour que tu retrouves la fille que je t'avais enlevée. Mais surtout, plus que tout le reste, je voulais mourir près de l'homme que j'avais aimé.C'est vrai aussi que je n'ai jamais haï un homme autant que je t'ai haï. Mais la haine fait mal, et la douleur, j'en au déjà plus qu'il ne m'en faut. L'amour donne une fraicheur, un calme, peut-être même une sécurité, qui rend la rencontre avec la mort moins effrayante."


Jeanne R.


Un roman qui vous veut du bien!

 

Dans une petite ville de Suède, Johanna élève seule ses deux filles, Agnès et Sara. Son ex-mari Calle (dont l'orthographe change étrangement dans la deuxième partie du roman pour se transformer en Kalle) est parti s'installer à Stockholm pour exercer son métier de dentiste et tenter de s'enrichir un maximum tout en construisant sa nouvelle vie avec Fanny sa compagne. 

Johanna peine à joindre les deux bouts, surtout depuis que son ex a décidé de ne plus lui verser le supplément de pension qu'il avait l'habitude de lui donner depuis plusieurs années. S'ajoute à cela le harcèlement scolaire subit par la petite Sara, les jours sombres s'enchaînent et Johanna ne voit pas le bout du tunnel. 

Deux éléments vont faire basculer la vie de cette petite famille : la mort d'un ancien toxicomane dont s'occupait Johanna dans le centre où elle travaille. Et surtout le fait de gagner 20 millions de couronnes au loto. 

Johanna, pour sauver ses filles, plaque tout et part s'installer à Stockholm, dans le même immeuble huppé.... de son ex-mari, chamboulant la vie de tous les personnages de ce roman attachant. 

Ce roman est une bouffée d'oxygène, un vrai FEEL GOOD BOOK!


Jeanne R.


Encore est toujours un merveilleux roman scandinave (non non je n'ai aucune origine norvégienne!). Le roman débute par une scène de découverte macabre : trois jeunes ados découvrent le corps de Mille, jeune fille de 20 ans disparue deux ans plus tôt lors d'une fête d'anniversaire (ratée) organisée par un couple l'ayant embauché pour garder leurs petites filles tout l’Été.

C'est dans cette maison familiale,sur la côte à deux heures d'Oslo, un soir de 2008, que l'écrivain réunit tous les personnages du roman et zoom sur leur histoire personnelle, leurs faiblesses, leurs secrets, leur mystère avec des allers retours incessants entre présent et passé. 

Siri, mère de 40 ans brisée par la mort de son petit frère à l'âge de 4 ans qu'elle n'a pas su sauvé. Son mari Jon écrivain bloqué par le syndrome de la feuille blanche, qui persiste dans son déni, fait croire au futur roman depuis 3 ans, passant le plus clair de son temps à envoyer des sms à d'autres femmes. Leurs enfants : Liv et Alma, aussi joviale pour la première que sombre, angoissée et violente pour l'autre. La grand mère Jenny, ancienne alcoolique (qui replonge le soir de son anniversaire surprise) qui ne s'est jamais remise de la mort de son enfant et n'a jamais vraiment pardonné à Siri. Irma, cette mystérieuse femme géante dont on ne connait pas les véritables intentions. Et enfin Mille, lunaire, jouant avec le feu, qui disparaît un soir dans cette petite ville Mailund et dont on ne retrouvera que le cadavre....

Mais avant ce drame? Est ce que les choses n'auraient pas pu en être autrement? Chacun ne porte t-il pas une part de responsabilité dans ce drame?

Une ambiance sombre, pesante, l'impression d'être le spectateur d'un drame familial inéluctable. PASSIONNANT.

 

Jeanne R.


 Un petit bijou!!! 3 amis de longues date ouvrent une entreprise pour venir en aide aux gens dans tous les domaines: juridiques, décoration d'intérieur, jardinage etc... tout bascule le jour où la voisine d'Anne (l'une des trois amis), accessoirement battue par son mari, leur demande d'organiser le meurtre de ce dernier. Problème: l'histoire de cette femme touche les trois comparses et ils décident donc de l'aider sans penser que ce nouveau filon aurait tant de succès... 

L'écriture est parfaite: chaque chapitre nous fait connaître un peu plus l'histoire personnelle de chaque personnage (avant la création de l'entreprise et plus précisément leur histoire sentimentale). 

ViVe la LittéRature ScanDinave!!!


Jeanne R.

pssss : ce roman est sorti en livre de poche aux éditions Babel !!


GROS coup de cœur  (je sais je dis ça à chaque fois). Auteur Suédois, c'est fou le charme de la littérature scandinave! Bon, l'histoire : la narratrice enquête sur la mystérieuse bague qu'une vieille femme, Lili (ancienne nounou de son ex-mari) lui à légué à sa mort. Ce livre est une véritable fresque du XXème siècle. Lili a, en effet, eu une multitude de vies et de drames, comme toutes les personnes ayant subi les deux grandes guerres. On démarre en 1884 à Mulhouse à la naissance de Lili, on poursuit son histoire à Vienne où elle part s'installer avec son premier mari (époque de la 1ere guerre mondiale), retour en France pour soutenir sa famille, on repart à Berlin cette fois avec le deuxième mari dans une Europe ravagée. Départ aux Etats Unis ou le rêve américain se transforme en cauchemar, retour en Europe (sans le troisième mari) pendant la seconde guerre mondiale etc.... C'est simple, on s'installe bien au chaud dans un plaid, on éteint son portable et on est embarqué dans ce roman comme dans un film.

 

Jeanne R.


 Katarina Mazetti (auteure du mec de la tombe d'à côté pour rappel) se lance cette fois dans une sage familiale de.... Viking!! là tu te dis: les vikings bouuuu c'est nullll ça se bat, ça pue (pas faux) c'est un truc de mec. Et bien non pas du tout! petite histoire : SäbjÖrn, viking renommé vit sur une île de suède avec ses deux fils et tous ses esclaves depuis le départ de sa femme une nuit il y a 15 ans. A Kiev cette fois, un marchand de tissu élève également seul son fils Radoslav et sa fille Milka (pas la vache au chocolat ah ah ah). Bref, n'oublions pas que la vie des vikings se résume à se battre pour chopper les bateaux des autres et leurs esclaves, femmes, filles, enfin tout ce qui se viole soyons fous. Le destin de ces deux familles va donc se trouver mêlée. Et c'est juste une énorme saga à lire absolument (notamment les grands moments de sorcellerie puisqu'au 10ème siècle il y a surtout une dévotion pour les dieux et les déesses, je vous laisse découvrir les hommes maudits par les prêtresses, pour une féministe c'est sympa). 

Enfin je termine sur cet article Du Point qui en a fait la critique et qui dit : 

"À qui l'offrir ? Aux Normands, aux marins, aux explorateurs, aux poètes, aux roux. Et à Mel Gibson. "

C'est ma destinée, je devais le lire

Jeanne R.

psssss : ce roman est sorti en livre de poche aux éditions Babel !!


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